L’Afrique, au défi d’un enseignement à distance de qualité pour tous

22 juin 2020

La déclaration de la maladie à coronavirus de 2019, COVID-19, comme pandémie mondiale par l’Organisation mondiale de la santé signe l’entrée dans une ère nouvelle pour l’éducation. Ce contexte inédit d’état d’urgence sanitaire, également marqué par une crise des apprentissages, apparaît paradoxalement comme une fenêtre d’opportunité en mesure de transformer durablement l’enseignement à l’échelle mondiale.

Dès le mois de mars 2020, 185 pays et territoires décrètent la fermeture des établissements scolaires pour plus d’un milliard d’élèves et accélèrent ainsi la nécessité pour les États d’opérer une métamorphose de leurs modèles d’enseignements. Ce mouvement mondial engage l’Afrique à repositionner ses écosystèmes éducatifs dans une dynamique de changement pour relever le défi majeur de la continuité d’une éducation de qualité pour tous.

Dès lors, dans le but de limiter la transmission du virus tout en préservant la continuité éducative, plusieurs gouvernements se sont détournés des modes traditionnels d’apprentissages et ont orienté leurs stratégies nationales de réponse à la pandémie vers des formes alternatives où l’enseignant et ses élèves ne sont plus en contact physique.

Désormais, l’école se fait à la maison. Comment s’assurer alors de l’accessibilité de l’enseignement à distance et de la qualité des apprentissages pour tous les élèves, même les plus vulnérables ? De nombreux canaux existent, tels que la radio, la télévision, les supports papiers, les plateformes numériques, les tablettes ou les smartphones. Cependant tous n’offrent pas les mêmes possibilités d’apprentissage. Dans quelle mesure peuvent-ils donc permettre aux élèves de poursuivre leur scolarité à distance au regard de la diversité des réalités locales ?

Pour éclairer le choix des pouvoirs publics en la matière, l’IIPE-UNESCO Dakar, publie une note sur le défi du suivi de la qualité dans un enseignement de base à distance.[1] Cette publication réalisée dans le cadre de son Programme régional d’appui au pilotage de la qualité passe au crible les différents canaux et permet d’établir la pertinence de leurs usages en fonction des enjeux éducatifs en présence.

L'offre pédagogique doit s'adapter à la diversité des contextes locaux.

L’enseignement en ligne, par le recours à des plateformes numériques avec ordinateur ou smartphone, a été largement médiatisé. Il est vrai que les avantages sont nombreux. Ce canal d’instruction offre un accès libre et massif aux ressources éducatives, il peut être suivi en direct ou en rediffusion, et favorise l’autonomie des élèves. Ces dispositifs sont largement plébiscités par les élèves et favorisent le maintien de la relation pédagogique en dépit de la distance. Cela étant, l’utilisation efficace de ces outils ne peut se faire sans une formation préalable à leur manipulation, et encore moins sans une connexion internet de bonne qualité. 

« Alors même que les ministères de l’Éducation s’engagent dans l’élaboration de plans d’urgence pour assurer la continuité pédagogique de l’enseignement, 89 % des apprenants n'ont pas accès aux ordinateurs familiaux et, parmi ceux qui y ont accès 82 % n'ont pas d’abonnement à internet en Afrique Subsaharienne. L’offre pédagogique doit donc prendre en compte les niveaux de couvertures internet par zone géographiques et d’accès à l’électricité. » souligne Patrick Nkengne, co-auteur de la note et expert principal en pilotage de la qualité à l’IIPE-UNESCO Dakar.   

En dehors des plateformes numériques, d’autres canaux présentent un potentiel éducatif avantageux pour l’enseignement à distance en Afrique. La radio, notamment, est le moyen de communication le plus accessible. Selon les données de l’UNESCO plus de 80 % des foyers ont accès à un poste de radio en état de marche sur le continent africain. Des ressources pédagogiques existent déjà pour ce moyen de communication dans de nombreux pays et les informations peuvent être diffusées en langues locales. Une limite toutefois, il n’est pas certain que les élèves, souvent occupés par des travaux domestiques, soient présents à l’heure fixe de diffusion de l’émission. Il en est de même pour ce qui concerne la télévision qui bénéficie d’une portée considérable en Afrique. Les pays disposent tous de chaînes nationales pouvant diffuser des programmes éducatifs mais les contenus ne peuvent tenir compte de l’année d’études de chacun des élèves. Par ailleurs, la télévision ne permet pas l’interaction entre l’enseignant et l’élève qui est réduit en spectateur sans possibilité d’agir sur le rythme ni de poser des questions. 

Dans cette note, les experts de l’IIPE-UNESCO Dakar mettent en lumière les éléments à prendre en considération pour s’assurer de la qualité d’un enseignement à distance. Pertinence des contenus proposés, couverture du public visé, suivi des apprentissages… les acteurs de l’éducation doivent mener une réflexion en amont sur les modalités d’enseignement à distance, en cohérence avec la diversité des contextes locaux.

[1] Une deuxième note rendra compte des dispositifs déployés par les ministères de l’éducation des pays d’Afrique subsaharienne.

Télécharger la note : Le défi du suivi de la qualité dans un enseignement de base à distance, Programme régional d’appui au pilotage de la qualité à l’enseignement de base, IIPE-UNESCO Dakar, 2020. 

En savoir plus sur le Programme régional d’appui au pilotage de la qualité de l'IIPE-UNESCO Dakar